

Un nouveau cycle de conférences organisé par les AHRF et la Conciergerie aura lieu cet automne et sera consacré à la Révolution au-delà des frontières.
Résumé des trois conférences :
MARDI 4 novembre, Patrice Bret, L’expédition d’Égypte. Mythes et révolutions en Orient (1798-1801)
Avec l’expédition d’Égypte en 1798, la Révolution s’exporte hors des frontières, même hors de l’Europe en guerre. Plus étonnant encore, l’armée de Bonaparte débarque dans une province de l’Empire ottoman, allié traditionnel de la France. Deux ans plus tôt, comme la monarchie avant elle, la République a envoyé une mission scientifique et militaire à Constantinople pour aider à la modernisation de l’armée ottomane, et le Sultan a ouvert sa première ambassade permanente à Paris. Certes, en occupant Corfou et la Dalmatie aux confins de l’Empire et en nouant des relations avec des forces centrifuges en Grèce et en Albanie, Bonaparte a rafraîchi les relations séculaires. Alexandrie et Le Caire prises, après des combats asymétriques plutôt qu’une épopée héroïque, et la flotte détruite à Aboukir, l’armée se trouve isolée de la métropole, en échec en Syrie et abandonnée par Bonaparte. Dans cette situation d’occupation militaire coloniale instable, confrontée à des oppositions larvées ou armées et aux débarquements anglo-ottomans, peut-on dresser un bilan de ce moment révolutionnaire sur un terrain oriental hors de la légende napoléonienne et de son volet scientifique ouvrant la voie à Champollion ?
MERCREDI 12 novembre, Aurélien Lignereux, La réunion territoriale à la France, fin de la Révolution ? (de la Savoie à la rive gauche du Rhin, 1792-1802)
On connaît le paradoxe : bien qu’elle ait solennellement renoncé aux guerres de conquêtes, la nation française élargit dès l’automne 1792 ses frontières extérieures en rattachant la Savoie et poursuit cette expansion les années suivantes, au point d’atteindre la limite du Rhin. Qu’elle soit interprétée comme l’effet d’une guerre idéologique que rien ne peut borner ou comme la trahison des idéaux de liberté et de fraternité au profit d’une politique cynique de puissance, cette poussée territoriale interroge, comme elle a d’abord interrogé les Français eux-mêmes entre partisans des frontières naturelles et ceux des petites limites. Souvent disqualifiée comme l’euphémisation du fait brut de l’annexion, la notion de « réunion » doit être prise au sérieux pour ce qu’elle révèle de l’identité nationale et du modèle républicain. Des mouvements révolutionnaires ont en effet animé les territoires voisins parfois avant 1789. La réunion serait alors la fin de la Révolution française, à la fois comme sa finalité, en tant qu’elle achève de rassembler toute la nation française, par-delà la séparation opérée au cours des siècles, et son point d’arrêt en tant que mise en ordre des dynamiques locales, en un exercice instable puisque l’incorporation raidit des réactions de rejet, en une dialectique révolution / contre-révolution.
MARDI 18 novembre, Virginie Martin, Révolutionner l’Europe ? Illusions et impasses propagandistes
C’est à la Révolution qu’il appartient d’avoir politisé le terme de « propagande ». Le supplément du Dictionnaire de l’Académie le redéfinit en 1798 comme une « espèce d’association, ayant pour but de propager les principes et les mouvemens révolutionnaires ». Mais à quelle forme « d’association » renvoie au juste cette pratique prosélyte, quels acteurs agrège-t-elle et pour quel dessein européen ? Plutôt postulé que démontré, le propagandisme ne fut pas une politique de la Révolution – tout au plus une arme de guerre. Cette conférence se propose de décrypter les ressorts et les dessous de ce genre d’association clandestine, à partir de celle, politico-militaire, qui a présidé en sous-main à la chute de la République de Venise au printemps 1797. Ausculter les illusions émancipatrices qui ont bercé cette « révolution » à main armée, en regard des mobiles moins avouables (mais communément ignorés puisque résolument tus) qui l’ont également sous-tendue, permet de mieux saisir la teneur du désenchantement charrié par le sacrifice de Venise sur l’autel de la paix de Campoformio.
Entrée libre sur inscription. Plus d’informations sur le site de la Conciergerie.